lundi 12 février 2007

Des Européennes pas toutes logées à la même enseigne

11 février 2007 : le Portugal se prononce en faveur de la dépénalisation de l’avortement. A 59, 3%. Mais avec une faible participation. 43,6% des électeurs. Pour la deuxième fois en moins de dix ans le résultat du référendum sur cette question doit être annulé. En 1998, le gouvernement a déjà posé la même question au peuple. Le « non » avait gagné… parmi les 32% de Portugais qui s’étaient exprimés. Cette fois donc, le oui gagne mais ça n’est pas encore assez. Décidément. Mais le premier ministre socialiste, José Socrates va passer par la voie législative pour appliquer cette mesure. Sinon, le Portugal risque de ne jamais y arriver. Le but : lutter contre l’avortement clandestin. Car il ne faut pas se voiler la face. Toléré ou pas, l’avortement est pratiqué. Alors autant faire ça dans les règles non?
Si l’Interruption volontaire de grossesse est « rentrée dans les mœurs » françaises depuis une trentaine d’années, c’est bien loin d’être le cas chez tous nos voisins. Pour une fois, la France fait partie des premiers de la classe en matière de progressisme. Avec l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, le Danemark, l’Estonie, la Grèce, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la République Tchèque, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie. Dans ces pays – un peu plus de la moitié de l’UE - on peut, pour ainsi dire, avorter sans raison particulière. Liberté totale pour les femmes. Droit de disposer de son corps. Et cætera.
Et chez les autres alors ? Plusieurs cas de figures. Les « oui mais avec modération » d’abord. L’Allemagne, par exemple, où l’avortement est « légalement illégal ». Oui je sais, tout ça n’est pas très clair. En somme, la loi ne permet pas l’avortement « pour convenance » mais le tolère en cas de viol, sur indications médicales et même sur demande parfois. Au final, c’est donc pareil qu’en France, mais sans vraiment l’assumer. Et dans cette même catégorie des « oui mais ça doit être justifié » : l’Angleterre, Chypre, l’Espagne, la Finlande, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suède. Chaque pays a ses conditions : viol, indications médicales et/ou sociales, risque fœtal. Et les délais pour avorter varient. En aucun cas le bon (ou mauvais) vouloir de la femme n’est une raison suffisante pour interrompre une grossesse dans ces Etats.
Reste donc trois pays très sévères. L’Irlande, où l’avortement est tout simplement interdit. Sauf en cas de risque mortel pour la femme (on inclut même le suicide !). Et le pays européen le moins tolérant sur ce thème est sans doute Malte, et de loin. C’est vrai que sur cette question (et sur d’autres) on ne rigole pas avec la morale catholique. Je peux en parler, j’ai vécu là-bas pendant sept mois. C’est le seul pays de l’Union où l’avortement est tout simplement illégal et ne tolère aucune dérogation. Absolument aucune. Aucune pitié pour les femmes violées, celles qui ne peuvent pas assumer la naissance d’un enfant ou encore celles qui mettent leur vie en danger rien qu’en étant enceintes. Les femmes qui avortent malgré tout, si possible dans la clandestinité bien sûr, sont traînées en justice, si elles sont démasquées. Et même quand elles commettent ce « crime » en dehors de l’Etat. Je m’explique : comme chacun sait (enfin plus ou moins !), Malte est une île, et des bateaux-cliniques italiens font régulièrement le tour du pays - en dehors des eaux territoriales bien sûr – pour pratiquer des IVG aux femmes qui le souhaitent. Cet acte n’est donc pas commis dans le pays, mais est tout de même passible de poursuites si ça arrive aux oreilles des autorités. La tolérance zéro on a dit.
Et le petit pays n’est pas près d’évoluer dans ce domaine : en négociant son entrée dans l’Union européenne, Malte a exigé un protocole spécial lui permettant de maintenir cette législation en toutes circonstances. En matière d’IVG, aucun traité européen ne sera jamais supérieur au droit maltais ! Une dérogation plutôt exceptionnelle !
Et puis il reste le 27ème membre de la grande famille européenne. Celui qui fait le chemin inverse du Portugal et veut peut-être copier le « modèle » maltais. C’est la Pologne. Du temps du régime communiste l’avortement était un droit. Aujourd’hui, seules les femmes dont la grossesse menace leur santé et les victimes de viol ont le droit d’avorter. Ca ressemble à l’école « oui mais pas trop » que j’ai évoquée plus haut. Sauf que la tendance ultra-conservatrice - bien aidée par l’influence de l’Eglise catholique sur les dirigeants actuels – favorise la quasi-interdiction de l’avortement, même dans ces circonstances délicates.

Qui a parlé d’harmonisation européenne ?

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