lundi 11 juin 2007

Les meilleurs ennemis

Ken Livingstone et Tony Blair sont deux personnages clés de la vie politique anglaise depuis 1997 et 2000. Mais ces deux travaillistes influents sont loin d’être amis. Retour sur une forme de cohabitation.

«  Ken Livingstone est un danger pour Londres.  » En 2000, pour l’élection du maire de la capitale britannique, Tony Blair n’a qu’un objectif : barrer la route à l’électron libre du Parti travailliste. Quatre ans plus tard, changement de stratégie  : «  Il faut absolument que Livingstone soit réélu.  »

Les deux hommes ne s’aiment pas. Sans doute parce qu’ils se ressemblent trop. Ambitieux, charismatiques, populaires. 1997  : retour des travaillistes au pouvoir. Pour Tony Blair, pas question que quelqu’un ne lui fasse de l’ombre. Pourtant, la décentralisation est une mesure phare de son programme. Accorder des pouvoirs au maire de Londres ? Oui. Mais pas à Ken Livingstone, jugé trop ingérable. D’où des manœuvres politiciennes pour désigner Frank Dobson, candidat plus docile.

Ken Livingstone claque la porte du parti et se présente comme indépendant. Il affronte la machinerie partisane et son côté rebelle séduit les Londoniens. «  L’élection du maire était une première, mais le jeu semblait faussé puisque Downing Street voulait imposer son candidat. Les Londoniens n’ont pas voulu de ce scénario et ont utilisé leur nouveau pouvoir en votant massivement pour Livingstone  », explique Rodney Barker, professeur de sciences politiques à la London School of Economics.

Une cohabitation pacifiée
Obligé d’admettre la popularité du nouveau maire, Tony Blair tire parti de cette situation  : Londres sert de vitrine aux travaillistes. Le Premier ministre a tout à y gagner  : si Ken Livingstone échoue, il est le seul responsable, et s’il réussit, la gauche peut en retirer des bénéfices. Exemple le plus flagrant  : le péage urbain. «  Le gouvernement voulait des politiques de transport plus strictes, sans en assumer les retombées négatives dans l’opinion. En autorisant les collectivités locales, et donc Londres, à appliquer la Congestion charge, Tony Blair a pu tester ce système, sans en être directement responsable  », explique Rodney Barker.

Auréolé d’un bilan positif, Ken Livingstone réintègre le parti en 2004, à quelques mois de sa réélection, et reste un personnage national sans empiéter sur le terrain de Tony Blair. Les deux hommes se tolèrent parce qu’ils ne travaillent pas ensemble au quotidien. Cette cohabitation pacifiée sera-t-elle identique avec Gordon Brown, le successeur de Tony Blair  ? Car là encore, les deux hommes ne s’apprécient guère. Mais Gordon Brown a besoin de lui pour gagner les législatives de 2009. Pas besoin d’amitié en politique, seule la victoire compte.

(avec Tiphaine Thuillier)

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