lundi 11 juin 2007

Maudits jeux

Toutes les grandes villes veulent organiser les Jeux olympiques. Pour le prestige, pour le rayonnement international, pour les retombées positives. Mais une fois la compétition terminée, que reste-t-il à la ville organisatrice  ?


« Depuis mille ans, personne ne veut vivre dans les quartiers Est de Londres. Est-ce que vous croyez qu’un stade olympique va changer les choses  ?  » La réaction de Richard Barnes, membre conservateur de la London Assembly, est sans appel. Pour lui, l’organisation des JO ne va rien apporter à la ville.

Pourtant, le comité Londres 2012 ne cesse de présenter les JO comme une excellente occasion de réhabiliter l’Est de la ville. Ce n’est pas l’avis de tous. «  La réhabilitation de ce quartier aurait eu lieu qu’on obtienne les JO ou pas, elle est prévue depuis des années. C’est un prétexte pour faire payer les Londoniens, sous couvert d’un événement prestigieux  », dit John Flunder, président de Not just London. Cette association se bat pour que l’ensemble du pays paye la facture. «  L’organisation des Jeux est censée profiter aux 58 millions de Britanniques, alors pourquoi seuls les Londoniens devraient-ils payer un impôt olympique pendant dix ans, pour un total de près d’un milliard d’euros  ?  »

Le 26 juillet 1980, jour maudit pour Sebastian Coe (le n°254), battu par Steve Owett (le n°279) lors de l’épreuve du 800 mètres au stade de Moscou.
Douze mille Londoniens ont déjà signé la pétition de l’association. Pas étonnant quand on sait qu’une partie des installations pourrait être déplacée vers d’autres villes du pays après les Jeux. Une manière pour Londres d’éviter le syndrome du “village fantôme” qui a frappé Athènes avant elle. Des équipements laissés à l’abandon, alors qu’ils ont creusé le déficit public grec à hauteur de 6 % du PIB.

Londres a déjà réfléchi au recyclage de certains sites. «  Le centre de handball sera transformé en école de cuisine. La raison  ? Ce sport n’est pas populaire à Londres  », explique Anthony Vigor, analyste en politiques publiques à Londres. Des précautions pas forcément suffisantes pour éviter “la malédiction du vainqueur”, qui a touché presque toutes les villes organisatrices.

« Au moment où il faudra payer les dettes, le maire ne sera plus en poste depuis longtemps »
Selon cette théorie économique, la compétition entre les villes candidates fonctionne comme un système d’enchères  : chacun montre qu’il est prêt à payer plus que l’autre. Les prétendants se lancent alors dans une spirale infernale. Au final, celui qui remporte la mise se retrouve perdant  : les dépenses engagées sont largement supérieures aux avantages retirés. Des économistes new-yorkais avaient même signé une pétition pour que leur ville renonce à sa candidature pour 2012.

Les Londoniens seraient donc victimes des JO  ? Pas tous. Pour Alexandre Delaigue, économiste aux Arts et Métiers, «  organiser des Jeux olympiques, c’est tout bénéfice pour un maire au niveau symbolique. D’autant plus qu’au moment où il faudra payer les dettes, il ne sera plus en poste depuis longtemps. Politiquement, il a tout à y gagner.  »

(avec Michèle Colombel)

2 commentaires:

Tonifan a dit…

Je ne sais pas qui écrit tous ces petits articles , mais merci parce que c'est super simpa à lire !

Aurel a dit…

bah c'est moi ! ce sont les papiers que j'ai écris pour notre mag consacré à Londres (http://londres.esj-lille.fr)
en tout cas merci ! ;)